Différencier les types d’attraction

Publication : 2014-06-06 22:10:50

Dernière modification : 2014-06-06 22:10:50

Traduit de Differenciating Types of Attraction


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Parce que l’attraction sexuelle est en général (mais pas toujours) mélangée avec d’autres types d’attraction, les séparer pour pouvoir les catégoriser est quelque chose d’assez complexe. D’abord, parce que les personnes allosexuelles s’opposent à cette désambiguïsation car elle n’est « pas nécessaire » — pour elles, car elles ressentent ces attractions simultanément. Cependant, une amie bisexuelle m’a signalé ressentir de l’attraction sensuelle vis-à-vis d’un homme par lequel elle n’était pas attirée sexuellement. Nous étions au milieu d’une conversation à propos des types d’attraction, lorsque soudain elle en est venue à cette réalisation, en s’exclamant soudain : « OH, c’était donc ça ! ».

À l’époque, elle n’arrivait pas à identifier ce qu’elle ressentait, et n’était donc pas sure de comment agir, prise entre le fait que ce mec n’était pas sexy, et pourtant attirée physiquement par lui. Ceci démontre une faille dans l’explication habituelle de l’orientation sexuelle avec des phrases comme « attiré-e physiquement par », ou juste « attiré-e par ». Les gens peuvent être attiré par d’autres personnes de façons non sexuelles. Bien que je puisse comprendre et sympathiser avec les sceptiques qui pensent que toutes les attractions sont les mêmes (et que les séparer en différents types est juste une excuse pour les As pour ne pas avouer que nous ne sommes pas réellement asexuel-le-s), il y a trop de raisons pour penser que la théorie de l’uniformité des attractions simultanées est exacte, même pour les allosexuel-le-s. Pour moi, en temps que Grey-A, ce fait a été un point de confusion pour… à vrai dire, pas mal de choses jusqu’à ce que je découvre une explication pour les différents types d’attraction.

Ce billet peut être utile pour aider à clarifier quelques termes liés aux attractions, mais il consistera principalement en des réflexions personnelles sur la façon dont le mélange de ces concepts a entravé ma compréhension de moi-même et d’autres personnes. En effet, une discussion sur la façon dont ces câbles se croisent pourrait être plus utile à certaines personnes qu’un guide strict.

Ce billet ne traitera pas de l’attraction romantique (que je trouve assez difficile à identifier, si tant est que je l’ai déjà ressentie) ou d’autres formes d’attraction centrées sur les émotions — non pas parce qu’elles ne sont pas valides, réelles, ou dignes d’attention, mais parce que je voudrais me concentrer sur les problèmes qui surviennent lorsque « attraction physique » et « attraction sexuelle » sont utilisées comme si elles étaient interchangeables. Elles ne le sont pas, et se billet en illustrera la raison.

L’attraction, dans cette discussion, est utilisée pour décrire un sentiment d’être tiré-e vers, ou ressentir une attirance envers, un-e destinataire dont les qualités inspirent une pulsion d’une nature particulière. Ce n’est pas la même chose que de vouloir se comporer d’une certaine façon avec quelqu’un, ni que ressentir un désir « général » pour lequel vous avez choisi une personne pour le satisfaire. Cette définition peut sembler un peu tordue pour le moment, mais elle deviendra plus claire par la suite.

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C’est un joli cheval. Ce n’est pas un cheval sexy

Ma première compréhension de l’attraction, quand j’étais enfant, était une compréhension très hétéronormative de l’attraction esthétique. J’ai déjà évoqué la difficulté d’être dans le spectre de l’asexualité dans un environnement hétéronormatif, mais au fond, je débutait avec un manque complet de compréhension de la différence entre l’attraction sexuelle et l’attraction esthétique. L’attraction esthétique est un sentiment s’intéressant uniquement à l’apparence, créant une pulsion à regarder lae destinataire, et peut être ressenti vis-à-vis d’objet ou d’animaux, aussi bien que de personnes.

La croyance très répandue dans notre culture, et que certain-e-s défendent, qu’une attraction esthétique envers un-e membre de notre espèce (et du bon genre) est automatiquement — ou, basiquement la même chose que — de l’attraction sexuelle. En fonction de votre orientation sexuelle, les personnes par lesquelles vous êtes attiré-e esthétiquement sont celles par lesquelles vous êtes attiré-e sexuellement, et il n’y a aucune différence entre les deux.

Ceci a de moins en moins de sens au fur et à mesure que l’on y réfléchit, mais je n’y réfléchissais pas quand j’étais plus jeune. Vous pouvez comprendre la source de la confusion si vous réfléchissez aux façons dont les gens décrivent les personnes par lesquelles ils sont attirés sexuellement : joli-e, séduisant-e, beau/belle, élégant-e, superbe. Tous des mots qui pourraient tout aussi bien se rapporter à de l’attraction esthétique — en fait, la plupart du temps, attractions sexuelle et esthétique vont ensemble. J’avais une vague idée du fait que l’attraction esthétique n’est pas toujours sexuelle, même si je ne savais pas le dire en ces termes ; mais il ne m’est jamais venu à l’esprit que de l’attraction sexuelle pouvait exister sans attraction esthétique.

C’est pourquoi cela m’a déconcerté lorsque j’ai lu un certain passage d’October Sky, dans lequel une fille était appelée « Old Glory ». Les détails m’échappent, mais elle était, d’après le narrateur à la première personne, d’une certaine façon très laide et pourtant avait une apparance qui la rendait très désirable en tant que partenaire sexuelle. Elle n’était pas attirante esthétiquement, mais elle était sexy.

Je ne comprenais pas cela. Je pensais qu’être esthétiquement attirante était ce qui rendait les filles sexy. Et là, j’apprenais que ce n’était pas tout. Perplexe, j’ai assumé que ça devait être lié à la forte libido des garçons à la possibilité qu’elle soit plus attractive esthétiquement en-dessous du décolleté. Puisque personne ne parle du fait que les attractions sexuelle et esthétique sont des choses différentes, et que je n’ai jamais entendu l’attraction être spécifiée par un type auparavant, je n’étais pas équipé-e pour réaliser que l’attraction sexuelle était un concept à part entière. Grâce à ceci et à l’hétéronormativité, je n’étais pas non plus équipé-e pour réaliser que je n’étais pas hétéro. Cela ne veut pas dire que je n’avais jamais questionné mon orientation — je l’ai fait, et j’ai essayé de m’ouvrir à la possibilité que je sois homo ou bi, et je lui ai donné toute la considération dont j’étais capable, mais le seul terme précis pour moi-même était un terme dont personne ne parlait ou ne considérait comme réel.

Puisque j’étais incapable de déterminer cela par moi-même, ce problème a quitté mon esprit, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, je me mis à étudier un livre intitulé Passing. L’histoire était racontée à la troisième personne avec un point de vue limité d’une femme nommée Irene, et il y avait un passage qui allait dans les détails pour décrire une femme nommée Clare. Dans le texte, il est clair qu’Irene pense que Clare est une femme belle. Je n’ai rien trouvé de bizarre ou de remarquable à propos de ceci. Les femmes trouvent d’autres femmes belles tout le temps, et si vous savez que des femmes hétéro peuvent dire quand d’autres femmes sont esthétiquement attirantes, alors comment pouvez-vous penser qu’elles puissent le faire si attraction sexuelle et attraction esthétique sont (dans le cas des humain-e-s) des synonymes ?

Inutile de préciser que j’ai interprété le texte d’un point de vue très asexuel. Imaginez ma surprise quand j’ai découvert à quel point l’interprétation largement majoritaire parmi les critiques littéraires est qu’Irene est attirée sexuellement par Clare, avec pour preuve principale ce passage.

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C’était pour la même classe que celle où lae prof prétendait que les hallucinations d’une protagoniste de The Turn of the Screw pouvaient venir d’un refoulement sexuel

Cette fois je n’étais pas seulement confus-e, j’étais énervé-e. Qu’on soit bien d’accord : si un-e lecteurice croit qu’Irene trouve que Clare est une femme sexy — bien. Je n’ai aucun problème avec le fait de considérer les personnes comme queers. Cependant, l’utilisation de cette section du texte comme une évidence incontestable était un point de consternation pour moi, parce que lorsque je le lisais, je n’y voyais rien du tout de sexuel. Il n’y avait aucune raison de différencier son attraction envers Clare d’une bonne vieille appréciation visuelle, sans élément additionnel pour indiquer un quelconque érotisme sous-jacent, rien d’explicite ou d’assez suggestif pour le rendre inambigu. Convaincu-e de ceci et frustré-e d’un consensus quasi-unanime, j’ai ruminé dans ma tête la différence entre penser que quelqu’un-e est sexy et que quelqu’un-e est en attirant-e en général, en gardant à l’esprit ma certitude que je pouvais considérer des personnes comme jolies ou séduisantes sans que ce sentiment ne soit sexuel. Après tout, je considère parfois que ma sœur est belle, et si vous pensez que je suis attiré-e sexuellement par ma sœur, vous me foutez les jetons.

Ces protestations intérieures m’ont à nouveau conduit-e à défendre mes convictions à propos de mon orientation, négociant mentalement avec moi-même, convaincu-e que les lecteurices sexualisaient une description qui était seulement détaillée, pas sexuelle — une chose sur laquelle j’étais inflexible vu que ce que ressent Irene vis-à-vis de Clare sonnait exactement comme ce que je ressens parfois vis-à-vis de mon propre genre, et cela signifie-t-il que je suis gay ? Je revenais constemment à cette question, mais j’étais sur-e de ne pas l’être. Cependant, ce que je négligeais — et qui était probablement la source de l’anxiété sous-jacente à cette contestation interne — est qu’en fait, ce que je ressentais vis-à-vis de mon propre genre n’était en rien différent de ce que je ressentais vis-à-vis des personnes d’autres genres que le mien, que j’étais (en tant que personne « hétéro ») censé-e trouver sexy.

Cela signifiait-il donc que j’étais bi ? Je ne pense pas. Ça n’avait pas l’air vrai, d’une certaine façon. Je suis toujours hétéro, me disais-je. Je suis intéressé-e par les personnes du « sexe opposé », je suis fasciné-e par leur corps, je veux les toucher un peu partout, je ne suis juste pas… intéressé-e par les organes génitaux. Mais je suis encore hétéro, me disais-je, parce que je n’ai jamais entendu d’autre mot pour ce que je ressentais. Peut-être que certaines personnes sont juste plus hétéro que d’autres.

J’ai plus de chance que beaucoup d’As, la façon dont j’ai été élevé-e rendant plus facile pour moi d’accepter ceci à propos de moi-même. D’une certaine façon, je me connaissais et je savais qui j’étais, je ne savais juste pas le nommer — que je suis une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle. C’est difficile d’en venir à cette conclusion dans une culture où tous les contacts entre genres sont sexualités. L’attraction sexuelle, telle qu’elle est typiquement décrite dans les médias, inclut souvent les attractions esthétique et sensuelles, mélangées comme si elles étaient inséparable ; ce qui est le cas de beaucoup de personnes. L’attraction esthétique non-sexuelle est parfois considérée comme crédible, particulièrement entre femmes. Cependant, l’attraction sensuelle non-sexuelle est traitée avec un peu plus de scepticisme, ce qui n’est pas facilité par le fait que des gens utilisent le mot « sensuel » comme euphémisme ou synonyme pour « sexuel ».

L’attraction sensuelle est un sentiment restreint strictement au toucher, créant une pulsion de créer un contact avec lae destinataire. Un exemple non-sexuel de ceci serait de toucher le visage de quelqu’un-e ou de l’embrasser au cours d’un câlin (« hug »). C’est un type d’attraction, et ce n’est pas la même chose que de vouloir câliner (« cuddle ») quelqu’un-e pour lae réconforter lors qu’iel est triste, ou une expression de l’affection, ou parce vous avez besoin de contact d’une façon générale. Toutes ces choses sont valides, des sentiments réels, mais ce n’est pas de cela que je parle quand j’utilise ce terme. La meilleure définition que j’ai trouvée — et je n’arrive pas à retrouver où je l’ai vue, malheureusement — est que l’attraction sensuelle est « le sentiment que vous ressentez lorsque vous voyez un chaton mignon ». Pour moi, ce terme est une description utile de ce que je ressens parfois lorsque je ressens un désir aléatoire et inexplicable (mais contrôlable) de toucher quelqu’un-e.

Ceci conjure le fantôme de l’objection dont j’ai parlé plus haut, qui est que si vous êtes attiré-e physiquement par un-e humain-e, alors ce doit être un cas d’attraction sexuelle (c’est-à-dire que l’attraction sensuelle ne peut exister en-dehors de l’attraction sexuelle) ; mais je pense que mon amie bisexuelle ne serait pas d’accord avec vous. Après tout, ce n’est pas comme si elle ne se reconnaissait pas la capacité d’être attirée sexuellement par des membres de son genre — elle ne l’était pas, à ce moment, et cela donne beaucoup plus de sens de permettre à tout le monde de reconnaitre les particularités de ce que l’on ressent lorsque l’on est poussé-e vers un état d’esprit dans lequel tout contact intime doit ultimement être pour du sexe, et à propos de sexe.

Contrairement aux attractions romantiques et sexuelles, les attractions sensuelles ne sont généralement pas vues comme dignes d’être la base d’une orientation à part entière, et je n’ai vu qu’une seule fois quelqu’un-e se s’identifier ellui-même à une étiquette « pansensuel-le », parmi d’autres. Néanmoins, en empruntant la logique du demiromantisme et de la demisexualité, je peux envisager un scénario où quelqu’un-e pourrait être « demisensuel-le », ne ressentant jamais d’attraction sensuelle à moins de très bien connaitre quelqu’un-e. À nouveau, ces termes d’attraction n’ont rien à voir avec la volonté de s’engager dans un comportement, mais correspondent au fait de ressentir une pulsion interne particulière. En théorie, il pourrait y avoir des personnes qui n’ont jamais ressenti d’attraction sensuelle.

C’est utile et réconfortant pour moi de connaitre ces termes pour que je puisse mieux comprendre mes propres expérencies et trouver des mots à mettre sur ce que je veux. Le problème est que j’ai besoin que les autres personnes comprennent elles aussi ces termes ; et je ne suis pas sur-e que ce soit le cas. En tant que supporter de la souveraineté du corps, je crois en la nécessité de demander le consentement pour toutes les formes de toucher, même non-sexuelles — mais je trichais vis-à-vis de moi-même sur ce que pouvait ête une interaction câline mutuellement consentie, à cause de l’incertitude que mes requête puissent être comprises correctement. Je me sens mal à l’aise rien que de demander à toucher des gens, parce qu’exprimer une attraction sensuelle a une assez faible chance de ne pas être interprétée comme une attraction sexuelle, et je n’ai vraiment pas envie de faire passer le mauvais message. La pire possibilité n’est pas que quelqu’un-e dise non, mais que ce-tte quelqu’un-e confonde mon intérêt pour un contact physique avec un intérêt pour un contact sexuel. Je veux seulement vivre dans un monde où je peux dire que je veux câliner quelqu’un-e sans que qui que ce soit ne pense que ça a à voir avec quoi que ce soit d’autre — mais ça n’arrivera jamais tant que notre culture n’abolira pas la notion de l’escalator du toucher (« the touch escalator »)

Hé, je veux seulement penser que des gens me donnent envie de leur faire des câlins, okay ? Parfois ça ne veut rien dire d’autre, et si je veux exprimer un de ces sentiments hors-ligne, je ne veux pas être anxieuse-eux à l’idée de ce que pourraient penser les gens. Ce n’est pas que je veuille que les gens acceptent les câlins occasionnels — n’importe quelle raison est une bonne raison pour ne pas le vouloir. C’est juste que je veux qu’il y ait une meilleure visibilité du fait que ce soit une possibilité légitime.

Donc, quand vous utilisez l’expression « attraction physique » lorsque vous voulez dire « attraction sexuelle », vous laissez de côté le fait que les attractions esthétique et sensuelle existent à part entière, ce qui déforme ce ressentent des personnes de toutes les orientations. C’est particulièrement préjudiciable aux personnes qui sont sur le spectre de l’asexualité, car nous devons déjà régulièrement expliquer et défendre notre orientation, sans cette confusion supplémentaire. Trouver des personnes physiquement attirantes ne nie pas forcément l’asexualité, parce que les attractions physiques ne sont pas toutes sexuelles, et c’est ce que nous devons faire comprendre aux gens.

Il peut y avoir d’autres formes d’attraction que celles dont j’ai discuté ici, incluant quelque chose dont j’ai entendu parler, nommée « attraction intellectuelle », et vous êtes encouragé-e-s à trouver des mots pour toutes les sensations pour lesquelles vous souhaiteriez trouver des mots*. Parlez-m’en dans les commentaires.

* Je suis très troublé-e par toute personne qui prétend qu’il puisse y avoir « trop de mots » pour quelque chose.

Une chose qui m’a toujours semblée bizarre est la façon dont les publicitaires annoncent parfois que quelque chose est « une offre attractive ». Attractive comment ? Pourrait-on dire qu’il y a un autre type d’attraction, une sorte d’« attraction financière » ? C’est une pensée amusante, cependant.